Les antidépresseurs inefficaces contre la dépression

depression-de-lenfant-et-de-ladolescent
+

La prise en charge de la dépression de l’enfant et de l’adolescent est souvent compliquée.

Une étude parue dans la revue scientifique britannique The Lancet, jeudi 9 juin, relève que la plupart des antidépresseurs disponibles ne sont guère efficaces et ne sont pas supérieurs au placebo.

Cette méta-analyse porte sur trente-quatre études incluant 5 260 participants de 9 à 18 ans. Une vingtaine de spécialistes de différents pays ont scruté plusieurs bases de données d’essais cliniques publiés, portant sur le traitement aigu du trouble dépressif majeur chez les enfants et les adolescents, en comparant les effets de quatorze antidépresseurs sur quatre semaines de traitement. Cette étude, dont les premiers auteurs sont les professeurs Andrea Cipriani (université d’Oxford) et Xinyu Zhou (université de Chongqing, Chine), est financée par le Programme national de recherche fondamentale chinois.

Résultat : sur les quatorze antidépresseurs, seule la fluoxétine (Prozac) a été plus efficace (plus d’avantages que de risques) que le placebo pour soulager les symptômes de la dépression. Un trouble qui touche environ 3 % des enfants de 6 à 12 ans et entre 8 % à 12 % des adolescents en France.

La psychothérapie, traitement de première intention

Le débat n’est pas nouveau. « Il est admis depuis une dizaine d’années que les traitements médicamenteux n’ont que peu d’effets sur les dépressions de l’enfant et de l’adolescent », explique le professeur David Cohen, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), signataire de l’étude.

Seule la fluoxétine est d’ailleurs autorisée en France pour la dépression de l’enfant et du jeune adolescent. La Haute Autorité de santé (HAS) notait cependant fin 2014 que le rapport efficacité/effets indésirables de ce médicament était mal établi dans la dépression de l’enfant.

Il y a un consensus : la psychothérapie reste le traitement de première intention. Un travail publié en 2015 dans World Psychiatry, réalisé par cette même équipe de chercheurs, avait d’ailleurs déjà montré que les psychothérapies constituaient le traitement de référence pour traiter la dépression.

« Les antidépresseurs sont-ils des outils de première ligne ? La réponse est non, tranche le pédopsychiatre Bruno Falissard (Inserm, Maison de Solenn). Le traitement de premier recours devrait être la psychothérapie. » Dans les faits, c’est plus compliqué, notamment en France. « Les psychothérapies ne sont généralement pas remboursées hors de l’hôpital, les délais d’attente sont souvent de plusieurs mois dans les centres médico-psychologiques », poursuit ce spécialiste.

Un suivi indispensable

Les symptômes de la dépression, difficile à diagnostiquer, peuvent souvent passer inaperçus, relève la HAS, cette maladie s’exprimant davantage par des comportements et des somatisations. La HAS avait fait des recommandations fin 2014, telles que repérer plus précocement la dépression de l’adolescent ou améliorer l’accompagnement et la prise en charge.

Laisser un commentaire

Note: Nous nous réservons le droit de supprimer tout commentaire sans préavis.

Votre adresse email ne sera pas publiée. Champs obligatoires *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.